"Owi des blogs, encore, ENCORE"

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par Leks
le 14 juin 2011

La Rebotininterview

Le taulier de Black Strobe et maintenant Black Strobe Records nous revient en ce milieu d’année 2011 avec un second LP au nom confessionnel de Someone Gave Me Religion. Trois ans après Music Components, l’homme à la moustache fait figure d’étendard d’une scène techno française renouvelée ; en marge des héritiers d’une french touch qui commencent à tourner en rond et peinent à se renouveler. Soyons clair, cet album est une grande réussite. Crédité d’une production parfaite, les pistes s’enchainent admirablement avec une cohérence rare. Tantôt abyssal (The first thirteen minutes of love), tantôt expérimental (Sunny sunday blues), Someone gave me religion jongle avec les extrêmes du genre en 10 pistes et 1 heure de ce que l’on pourrait aisément définir comme une ode circulaire à la techno et aux instruments qui l’ont fait naitre. Si ce fameux someone existe, tout porte à croire que Rebotini lui a laissé là la plus belle des offrandes possibles.

Entretien avec Arnaud Rebotini.

◊ ◊ ◊

Arnaud, bonjour, bravo pour ce nouvel album. Music Components a été réalisé uniquement avec des instruments analogiques, est ce que tu as procédé de la même façon pour cet album ?

Oui globalement ou avec des samples, des synthés vintages, des boites à rythmes, tous analogiques effectivement. Encore que certaines boites à rythme comme la 909 par exemple ont une partie digitale, une partie analogique. Sur cet album là et celui d’avant j’ai utilisé beaucoup de boites à rythmes SP1200 qui est digitale mais à l’ancienne avec un son très très particulier. Au final tu sens que ce qui rentre dedans c’est pas ce qui en ressort en fait.

Donc c’est un peu on prend les même et on recommence, même recette, même marque de fabrique…

Oui voilà. Après j’ai aussi utilisé d’autres synthés, des couples de synthés, j’ai fait des mélanges pour obtenir un son cohérent sur tout l’album.

Trois ans se sont écoulés depuis le premier album, c’est le temps qu’il faut laisser passé pour se renouveler et produire quelque chose de neuf ?

C’est assez rapide en fait comme rythme. Il y a le temps d’exploitation de Music Components, le live, etc. Là j’avais pas mal d’idées, j’avais aussi le choix de faire un nouvel album de Black Strobe – qui va en fait arriver un peu plus tard, mais là j’avais envie de prolonger un peu ce truc des synthés, faire ce mélange de techno et de musique planante un peu plus 70’s, la composition est venue assez facilement en fait.

Donc le cheminement a été le même que pour Music Components…

Ouais, sauf que par rapport à Music Components, cet album là – enfin moi je le vois comme ça – je le trouve moins techno classique, plus ouvert avec justement des influences 70’s. J’ai écouté pas mal d’artistes comme Cluster ou les premiers album d’Eno, des choses comme ça. Ca m’a pas mal influencé et finalement c’est aussi l’influence qu’il y a dans la techno ; si t’écoutes certains album de Carl Craig, c’est des nappes, les 70’s on les avait un peu oubliées.

On sent une progression certaine dans cet album, surtout avec cette longue intro, est ce que l’on construit un album de musique électronique à la manière d’un live ou d’un set ?

Non pas spécialement, c’est juste que quand tu fais un album – bon c’est pas un opéra non plus – mais j’avais des morceaux, tu choisis d’en garder certains, d’autres pas et les choses s’assemblent.Tu obtiens à la fin un tout cohérent. Y’a eu une étape dans l’album où c’était un peu déséquilibré, suite à ça j’ai cherché à faire des morceaux pour un peu les lier entre eux, créer un univers… sans aller jusqu’au terme «d’histoire» car pour moi la musique est quelque chose d’abstrait et ça doit le rester. Surtout l’électronique, et plus largement la musique majoritairement instrumentale, mais je crée plus une sorte de paysage dans lequel on peut se déplacer…

Justement sur le concept de la musique électronique comme une entité abstraite, je pense à des mecs comme Carl Craig ou la techno de Detroit en général qui pendant un moment ont cherché à faire passer un message par leur musique tout en faisant danser les gens, est-ce que pour toi quelque part de la même manière il y a quelque chose qui passe par ta musique ?

Moi ça m’a jamais passionné la musique à message globalement et c’est pas l’aspect premier de la techno pour moi. Après, la musique noire américaine en général est un peu une musique de libération, comme on peut tous se considérer esclave de quelque chose. Disons que c’est pas ce qui m’a passionné le plus dans la techno, c’est pas ceux qui l’ont fait le mieux, James Brown l’a fait 20 ans avant, même déjà dans le milieu des années 50, c’est les premiers à avoir pris ce truc des racines africaines, de cette revendication là. Plus que les mecs de Detroit, c’était mignon quoi… enfin j’veux pas cracher dans la soupe avec ça mais pour moi la techno c’est…
avant tout pour danser ?
…non justement je me bats un peu contre cette idée dans mes albums, c’est une musique de danse mais après tu peux ne pas forcément accepter d’être dans un aspect fonctionnel de la musique, c’est à dire faire de la musique formatée pour les djs, longues intros, tout ça. J’essaye de sortir de ça en gardant cet aspect groovy, une influence black et plus moi, mon idée, mon identité ou ce que tu veux et la techno qui par sa nature instrumentale permet totalement d’échapper au format des chansons.

Parlons Black Strobe, tu as créé tout récemment Black Strobe Records, ton LP est la 3ème sortie qui ne compte du coup que du Rebotini (après les deux premiers EP), à quoi et à qui doit-on s’attendre d’ici la fin de l’année ?

Encore un single à venir (ndlr: en septembre) et ça sera tout pour Rebotini. Ensuite, il y aura Museum, le projet de Matthieu Zub, le guitariste de Black Strobe, qui est super bon et qui sortira un maxi. Il y aura un nouveau Black Strobe pour septembre, d’abord un maxi et puis l’album arrivera un peu plus tard. Enfin, on aura une réédition de Italian Fireflyers et voilà pour le moment.

Pourquoi créer ce label ? Quand on voit le contexte difficile du monde de la musique avec par exemple la disparition d’Institubes, est ce que Black Strobe Records ça n’est pas plus une finalité pour Black Strobe et Rebotini, un challenge, un besoin de liberté, tout ça à la fois ?

Un peu tout à la fois voilà, liberté, envie de le faire. Contrairement à Institubes, je suis artiste, je peux me permettre de pas gagner énormément d’argent sur mes disques. Si j’ai une belle tournée je m’y retrouve, ça couvre mes investissements – plutôt assez faibles finalement d’ailleurs. Hors la fabrication, le studio m’appartient, je produis tout chez moi, je paye juste l’électricité donc c’est pas un investissement comme un vrai label. Y’a plein de revenus possibles au-delà et autour du disque, sans passer par la vente de l’objet en lui même. Pour l’instant ça se passe bien mais j’gagne pas ma vie avec les ventes de disques… et à moins d’un succès incroyable j’suis pas près d’y arriver. Par contre ça me permet de sortir mes disques quand je veux, avec mon manager qui gère l’administratif et la technique. Voilà, petite structure, c’est un peu le 360 en économie : j’investis, je sors le disque, la musique, la promotion et c’est moi qui reçoit tous les retours. C’est pas comme un label qui doit partager avec son artiste, mes coûts sont plus vites amortis.

Sujet un peu lié… le fait que j’ai pu trouver ton album illégalement 2 ou 3 semaines avant sa sortie, t’en penses quoi ?

Ouais je sais je l’ai vu… Mais j’essaye de faire des bons disques, des beaux objets, j’ai sorti l’album en vinyle, Citizen avait fait pareil avec Music Components, sur les dates on a le petit stand merchandising et ça s’passe assez bien… Moi j’suis un gros acheteur de vinyle, j’ai pas toujours le cd ou la carte pour télécharger donc je suis bien content de trouver la musique sur internet pour la foutre dans mon téléphone, donc voilà. J’vais pas me battre, j’apprécie qu’il y ait des journalistes ou pseudo-journalistes (ndlr: hey c’est nous coucou !) qui l’écoute avant tout le monde pour en parler.

…toujours une certaine foi dans le produit physique ?

Ouais et c’est pas près de s’arrêter de toute façon, je vois dans les stores, les gamins sont toujours là. Après y’en a certains pour qui avoir un disque dur rempli de musiques qu’ils ont écouté une seule fois ça leur suffit.

…ouais il reste toujours le plaisir d’avoir le produit entre les mains…

Ouais quand c’est des beaux disques, que la musique est bien, les gens ont envie de l’avoir.

Tu disais ne pas gagner uniquement ta vie avec tes ventes, tu as été producteur et mixeur pour l’album de Rafales, comment s’est passé cette collaboration ?

On s’est rencontré grâce à Marc Linet qui s’occupe de leur label, Rise, et que je connais depuis très longtemps. Il m’a proposé, il m’a fait écouter leur musique et j’ai aimé, on a produit un maxi puis deux et finalement on a fait l’album. Musicalement on était sur la même longueur d’onde et les choses se sont passées super bien. Ils sont arrivés avec des synthés virtuels, j’ai réenregistré tous les samples, on a retravaillé les rythmiques, les arrangements des morceaux et comme on s’amusait bien j’ai un peu mis la main sur un track (ndlr : le premier), je suis très content de cet album.

Sur tes 2 EP qui ont précédé la sortie de l’album tu as réunis des beaux noms de la scène, notamment Gesaffelstein qui explose sur Turbo cette année…. tu peux nous parler de lui ?

C’est LE mec du moment, il monte avec de la bonne musique qui est pas de la turbine «pouet pouet», c’est un pote de Michel, The Hacker, il est de Grenoble comme lui, il adore aussi bien Carretta que Black Strobe ou ce que je peux faire moi. On a les même influences, on a envie de la même chose, on parle beaucoup de synthés ensemble, exactement dans le même délire… c’est quelqu’un qui m’a paru comme une évidence pour remixer sur l’EP et il a d’ailleurs fait un super remix, je suis super content, ils sont tous super bien d’ailleurs.

Beaucoup de musique pendant la production de l’album ou avant/après mais rien pendant ?

Si si j’ai une vie pendant que je produis, c’est pas comme les séances de studio d’un groupe de rock, c’est du home studio donc voilà… je m’enferme pas 15 jours, j’écoute plein de choses, ça me nourrit…

J’ai lu sur ta biographique que tu as travaillé avec le GRM, tu peux nous en parler ? Est ce que ça a eu de l’influence sur ta musique, ta carrière, ta personnalité ?

Oui ça en a eu, c’est un espace d’expérimentation. C’est un peu au bout de ce travail que j’ai fais avec eux que je me suis pas mal écarté du truc digital pour avoir un son plus organique. «Travailler» là bas c’était deux fois an, ils me commandaient des oeuvres pour Radio France, j’avais une grande liberté.

Si je devais expliquer à ma mère la musique que tu produis et ne pas tomber dans un cliché persistant musique-de-drogué ?

Quel âge elle a ?

52 ans

Elle avait 20 ans en 80, tous les groupes un peu underground si tu les rencontres maintenant ils te disent tous, on se souvient pas des années 80 on était trop défoncé… enfin tu lui diras déjà que moi je ne me drogue pas et que je fais de la musique planante, abstraite, dansante en même temps. Le nom « techno » fait encore peur alors que c’est une musique tout à fait… respectable.

Tu as créé un nouveau live pour la tournée qui va accompagner la sortie de l’album, tu as travaillé avec un collectif pour la mise en scène, qu’est ce que tu peux nous en dire ?

Avec Franck Esposito (ndlr: http://www.yourtailorisapunk.com/), spécialiste de la vidéo, qui a fait des créations pour Air, Cascadeur… J’avais une idée de trucs avec des webcams placées sur les synthés avec deux écrans de chaque côté et on a mis ça en scène…. des visuels tout en noir et blanc avec des stroboscopes placés un peu différemment de ce qu’on peut voir habituellement. (ndlr: trailer visible ici).

Une tournée en préparation donc…

Ouais voilà, tournée en montage qui va démarrer surtout en septembre, car là trop tard pour les festivals.

Il y aura d’ailleurs une date à la Gaité Lyrique à Paris, ce sera dans quel cadre ?

Dans le cadre du festival de la ville de Paris, le Factory (ndlr: le 30 septembre prochain).

Pour terminer cet entretien, le conseil du vieux routier à celui qui aimerait se lancer aujourd’hui dans la création musicale ?

Ecouter pas mal de musique, essayer de comprendre comment est faite la musique que tu aimes, essayer de la reproduire et une fois que tu l’as reproduite correctement, t’en affranchir et trouver ton propre son… exactement ce qu’a fait Gesaffelstein par exemple.

◊ ◊ ◊

Liens : Facebook / Soundcloud / Site officiel

Pour se procurer l’album ça se passe sur iTunes, Spotify, votre provider le plus proche ou bien simplement en laissant un commentaire en réponse à l’article en nous expliquant à votre tour comment vous défineriez à votre mère la musique de Rebotini ! Deux exemplaires de Someone Gave Me Religion à gagner par tirage au sort, vous avez jusqu’au dimanche 19 juin minuit, bonne chance ;-)

- EDIT 20/06/2011 - Jeu terminé ! Les gagnants en commentaire !

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Les réactions (7)

  1. par meyer
    le 14 juin 2011
    à 10 h 32 min

    M’man, Rebotini c’est comme si un hels angels à cuir moustache avait décidé de se mettre à faire du synthé pop 80. C’est difficilement croyable et étonnement audible. Genre « dark wave – synthé y’a plus d’espoir que du Jack » t’as vu…. Tu vois? nON? En fait c’est un rebelle au coeur tendre qui tente d’extérioriser son côté sensible en tapant comme un bourrin sur les touches d’un clavier. C’est brut de décoffrage, technique, planant et touchant.  

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  2. par marthe
    le 14 juin 2011
    à 10 h 35 min

    je dirais que sa musqiue est électro space ! Elle mélange rythmes de discothèques et vocals synthés sur une assez longue durée !
    merci pour ce jeu  

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  3. par TheFHC
    le 14 juin 2011
    à 10 h 49 min

    Le passage avec ta mère : Epic! Superbe interview, posé, nickel!  

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  4. par Toryep
    le 15 juin 2011
    à 21 h 43 min

    « Ecoute M’man, ça c’est la zik de Rebot ! »
    « …. heu … de la zik de robot ?! »
    « Ouais c’est ça M’man, t’as pigé ! »  

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  5. par TheFHC
    le 15 juin 2011
    à 21 h 58 min

    « Maman, tu connais Rebotini? – Nan – Je t’explique : Tu prends Depeche Mode, en fusionnant tous leurs sons situés entre Speak and Spell à Violator, ainsi que la pléthore de synthés analogiques utilisés sur Sounds of the Universe, et quelques sonorités de Playing the Angel. Tu mets dans un même corps Matin Gore, Andrew Fletcher, Alan Wilder et un peu de Vince Clarke, tu rajoutes une belle moustache et les costards de Gahan. Bon, certains titres sont peut-être plus explosifs, donc écoute The Dead of Night, A Sinner in me et Oh Well avant d’écouter du Rebotini. Tu obtiens une alternance de titre puissants, percutants, enivrants, transportants, parfois un peu sombre, comme il faut. Voilà m’man! »
    (oui, ma mère est au moins autant que moi fan de Depeche Mode!)  

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  6. par limpk
    le 19 juin 2011
    à 21 h 08 min

    « -Fils, c’est quoi Rebotini? »
    -Heu tu sais maman, Rebotini c’est de la musique mais pas de la musique qu’on peut décrire alors tais-toi, écoute et admire le talent… »

    PS : le commentaire sur depeche mode m’a fait beaucoup rire, très original ^^  

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  7. par Leks
    le 20 juin 2011
    à 21 h 56 min

    Merci à tous pour votre participation, c’est cool d’avoir joué le jeu !
    J’avais prédit un tirage au sort mais devant le peu de participation j’ai décidé de privilégier les 2 meilleurs commentaires de l’article !

    C’est pourquoi j’ai décidé d’offrir les 2 CD à @meyer parce qu’il a décrit Rebotini mieux que jamais et @TheFHC parce qu’expliquer Rebotini à sa mère uniquement avec Dépêche Mode c’était pas de la tarte quand même ! Bravo à vous deux, je vous contacte par email ;-)

    Leks.  

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