"Owi des blogs, encore, ENCORE"

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par Leks
le 19 avril 2011

Back from Infiné Week @ La Gaité Lyrique

Après une ouverture remarquée début mars dernier, la Gaité Lyrique se fait petit à petit une place de choix dans le paysage culturel et nocturne des parisiens. InFiné était cette semaine le premier label musical à se voir consacrer une semaine entière. Au programme, cinq journées 100% InFiné avec chaque soir des concerts mais aussi des expositions et installations par Arandel, Rone et même un jeux vidéo spécial InFiné.

InFiné, c’est ce label singulier se voulant très volontairement au-dessus des frontières culturelles et artistiques ; il est créé par Sébastien Devaud (un certain Agoria…) et Alexandre Cazac en 2006. Pour la petite histoire, le label doit sa naissance à Francesco Tristano – un tiers d’Aufgang et pianiste virtuose – qui a subjugué Alexandre Cazac en reprenant Strings of life dans le cadre du concours international de piano d’Orléans en 2005 (dont il fut lauréat). La première release du label était toute trouvée et ô combien symbolique de l’orientation recherchée avec ce cover d’un des plus grands morceaux techno de l’histoire. On y retrouvera également un remix de Kiki et d’Apparat ; Apparat qui signera sur InFiné son album Walls quelques temps après. La machine est lancée et ne s’arrête heureusement pas encore malgré un chemin que l’on sait tous tortueux et semé d’embuches, la durée de vie d’un label indépendant étant chaque jour amoindrie et un peu plus instable.

Malgré un climat connu et reconnu comme difficile, InFiné affiche une actualité sereine, des sorties régulières, des choix artistiques osés, remarqués et finalement approuvés. Une identité visuelle gérée par Les Eclaireurs donne au label un énième argument de différence : originale, sobre, colorée, épurée.

Digital, CD ou vinyle, InFiné est un label aux sorties intemporelles, il ne cède pas à une mode artistique qui par définition s’éteindra d’elle même. Au contraire, des albums comme ceux d’Aufgang, Danton Eeprom, Apparat, Arandel et tout récemment Agoria sont autant de réalisations qui marquent durablement le paysage de la musique électronique par leur unicité et leur détachement d’une influence toujours dangereuse de l’actuel. Eclectisme, prise de risques et sensibilité musicale éprouvée sont sans doute ce qui fait d’InFiné aujourd’hui la matérialisation la plus fidèle du dealer de bonne came.

S’il vous plait, pour l’amour du kick, plongez vous dans la discographie d’InFiné si vous ne l’avez pas déjà fait. Il s’y cache des albums et EPs a élevé tout bonnement au rang de classiques.

◊ ◊ ◊

Jeudi 14 avril – Versus 2.0

Cette semaine spéciale a débuté de manière assez exceptionnelle avec la reformation de Versus pour 2 soirs consécutifs (mardi et mercredi donc). Versus est à l’origine une création pour la Cité de la musique (2008) où les compositions de Carl Craig se voyaient être revisitées par un orchestre classique selon les arrangements de Francesco Tristano. Versus 2.0 est une version on-reprend-les-mêmes-et-on-recommence à la différence que cette fois les pistes orchestrales ont été enregistrées pour être manipulées par Carl Craig, qu’il n’y a que Francesco Tristano et son piano pour la partie « classique » live et que l’étrange génie Moritz Von Oswald s’ajoute à la danse.

C’est à la seconde séance, jeudi soir, que je me rends à la Gaité Lyrique pour assister à ce concert.

A mes yeux, Carl Craig est un des symboles de l’émergence d’un mouvement que j’ai pris en marche et dont j’ai raté l’euphorie des débuts. Francesco Tristano est un petit génie, virtuose, symbole d’un pont entre deux mouvements musicaux radicaux, souvent difficile à appréhender et décriés du grand public que sont la techno et la musique classique ; en ce sens cela inspire un certain respect. Moritz Von Oswald, c’est un troisième symbole, celui d’une musique plus minimale et expérimentale d’outre Rhin extrêmement attirante mais ô combien déstabilisante ; un de ces artistes d’une génération antérieure à la mienne que je ne maitrise pas et qui m’intrigue, m’attire, me plait.

En théorie, la réunion de ces 3 icônes en ce lieu singulier qu’est la grande salle promettait une expérience sensorielle unique.

Sans détour, ce fut le cas.

Devant une assistance sage et impatiente, le concert se met en place doucement, très doucement, Carl et Francesco envoient lentement des sonorités électroniques décousues que Moritz se fait un plaisir à triturer… 3ème minute, le premier gimmick pointe le bout de son nez. Le son se construit naturellement, lentement, par strates. 5ème minute, les premières notes de piano se font entendre. On frôle l’expérimental.

Pendant ce temps, la salle a revêtu son habit de soirée, les écrans sont descendus un par un tout autour de celle-ci. Petit à petit, les projections vont s’étaler jusqu’à recouvrir tous les écrans. Immersion totale à 360°. Instant unique où le public tourne sur lui-même pour admirer le spectacle qui se profile non plus sur scène mais partout autour de lui, l’expérience auditive et visuelle est en marche. On atteindra l’expérience sensorielle lorsque le parquet de la Gaité Lyrique commencera à se mouvoir sous l’action des corps animés par le premier kick salvateur – au bout de 20 minutes (!).

Dès lors, plus vraiment de temps morts. La techno chaude et brutale de Carl Craig adoucie par les arrangements de Tristano s’installe durablement. Les transitions sont extrêmement douces, imperceptibles. Les morceaux sont longuement exécutés, les montées millimétrés. Chaque strate de son est maitrisée et lâchée à l’instant t, la patience est le maitre mot de leur interprétation. La patience, ce moyen unique de s’imbiber de chaque bribe sonore qui construit un morceau afin de le maitriser ou tout du moins en avoir l’impression ; se fixer des points repères pour les perdre et toujours se faire rattraper par l’artiste au détour d’un gros kick bien senti pour atteindre l’indicible. Voilà tout ce qui s’est passé chez moi ce soir là.
At Les sera extraordinairement interprétée, mon climax du concert, chacun se fera le sien.

A revivre ici (attention, pas indéfiniment !) :

Vendredi 15 avril – Fabric 57 Release Party w/ Aufgang, Agoria & Francis Terry

Vendredi soir, c’était autour des deux « poids lourds » du label d’être à l’honneur pour une soirée consacrée à la sortie du 57ème (!!) opus de la série Fabric du club londonien mixé par Agoria. Au programme : Aufgang, pour leur premier live depuis novembre, Agoria pour un dj set de 3h et enfin Francis Terry, résident de la Fabric pour la fin de la nuit.

Nous retrouvons donc Francesco Tristano cette fois au sein de Aufgang, ce groupe si particulier composé d’une batterie et de deux pianos pour un live très attendu. Annoncé sur Twitter quelques heures avant le live, Aufgang jouera de nouveaux morceaux ce soir là, on apprendra également au détour d’un twitt le lendemain qu’ils sont en studio depuis ce lundi 18 avril. Alléluia !

Le batteur arbore ce soir là un tee shirt de cycliste bleu-blanc-rouge de Kraftwerk (pour Tour de France, 2003) ; comme pour rappeler d’une part une influence certaine… mais aussi une orientation future ? Car c’est bel et bien en krautrock que finira Aufgang ce soir là au terme d’un live surpuissant et énergique. Honorant et magnifiant leurs plus beaux morceaux que sont Dulceria, Channel 7, Aufgang (titre éponyme) ou encore Sonar, nous ne serons pas en reste puisque quelques tracks inconnus au bataillon se glisseront ci et là ; les fameux petits nouveaux. Dans la directe lignée des précédents, peut être plus énergiques voire plus agressifs – l’effet live surement, cela n’en reste moins du Aufgang tout craché et il me tarde de voir ces nouvelles productions sortir du studio.

Aufgang est un groupe qui s’apprécie énormément en live ; c’est un plaisir de voir performer ces trois musiciens humbles et talentueux. Ca sera le coup de coeur du week end.

23h30, Agoria prend les platines et la Gaité Lyrique devient club. La Fabric s’installe à Paris le temps d’une nuit pour célébrer la sortie du 57ème mix de la série qu’elle a confié – sans prendre trop de risques – à Agoria (nous reviendrons dessus dans un prochain article). Sa maitrise me subjugue une fois de plus. Les disques s’enchainent comme dans un livre, les transitions sont d’une subtilité sans faille. On entendra de son dernier opus notamment le remix de Heart beating par Argy, l’inébranlable Speechless en feat. Carl Craig & La Scalars ou encore Panta Rei. Avec l’année dernière la double compilation Balance 016 exécutée de haut vol, en début d’année la sortie de son album Impermanence et maintenant ce Fabric 57, Agoria est sur une dynamique infernale le propulsant lui et ses platines sur un piédestal dont on ne voudrait pour rien au monde le voir redescendre !

Je passe mon tour pour Francis Terry ce soir là.

Samedi 16 avril – InFiné Live w/ Manvoy, Bachar Mar-Khalife, Arandel, Clara Moto, Rone, Spitzer

Dernière soirée de concerts le samedi soir avec un InFiné Live mettant à l’honneur les « jeunes » pousses du label.

J’arrive pile à l’heure pour Arandel. Il est minuit, j’entre dans la grande salle et découvre la moitié de l’assistance assise devant le concert qui a débuté depuis quelques minutes, nous allons avoir à faire ici à un live hors norme.

Impression confirmée, après Versus 2.0 jeudi soir, Aufgang vendredi soir, ce samedi soir c’est à Arandel que revient la palme du live le plus immersif. Cet album construit sans aucun sample ni MIDI impose une retranscription live totale, on retrouvera donc ce soir là 3 autres musiciens (un au piano, un au theremin et un aux machines/instruments avec Arandel). Un live fascinant en tout point de vue. Les multiples sonorités des pistes de In D sont toutes là ce soir, les infrabasses de In D#5 prennent aux tripes quand ce ne sont pas les voix élevées au rang d’instrument qui provoquent des effets quasi psychédéliques sur la conscience. Le final sur In D#1 procurera un de ces rares instants de transe auditive comparable à l’orgasme.

Les sensations ressenties à l’écoute de l’album avait déjà été transcendantes… quel plaisir de revivre cet instant en live. Merci, mille fois merci.

Derrière une telle prestation, tout semble bien moribond voire insignifiant… ou bien est ce l’alcool qui commence à faire un peu trop son effet. Peu importe. Clara Moto prend les platines, comme avec Agoria la veille, la Gaité se transforme à nouveau en club au soundsystem de qualité. Mais dommage, malgré un set bien efficace, ne s’appelle pas Agoria qui veut et passer derrière Arandel est difficile. Bizarrement, très peu de souvenirs du set de Rone, à mon grand désespoir, étais je absent physiquement/mentalement ou simplement pas transcendé… dunno. Fin de soirée avec Spitzer, une excellente prestation live des deux frères ce soir là… à suivre de très près. Fin d’une belle démonstration de force de l’avant garde InFinienne.

Les lives des soirées de vendredi et samedi soir seront bientôt dispo ici : http://redbullmusicacademyradio.com/
[EDIT !] Les lives de Arandel, Rone, Spitzer, Aufgang et Clara Moto sont disponibles !

Merci InFiné, merci la Gaité Lyrique, cette collaboration était du pain bénit.

Vous étiez présent un de ces soirs ? N’hésitez pas à nous relater vos impressions !

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Les réactions (1)

  1. par Marshkxx
    le 21 avril 2011
    à 20 h 11 min

    Tout à fait d’accord avec toi !

    Je n’ai fait pour ma part que la soirée du samedi, arrivé comme toi pile pour Arandel, le kick jazzy (au… saxo, je crois ?) avait un côté égyptien, je sais pas pourquoi, le tout vraiment enthousiasmant. Pas convaincu par le theremin par contre, un peu gagdet…
    J’ai pensé à Anna Kournikova pendant tout Clara Moto, et très bonne fin avec Benny Benassi qu’elle a fait monté en sauce pendant 5 bonnes minutes.
    Rone est arrivé si discrètement que j’ai cru pendant un bon moment que c’était « juste » un techos en train de faire ses réglages (et j’ai cru aussi que c’était une meuf pendant une demi-heure, sûrement cette limonade prise au bar…)
    Sur Spitzer, je suis un peu plus partagé sur la vidéo qui par moments n’était pas super synchro et perturbait un peu mon kiff sur le son.
    Excellente soirée, et l’espace bar de la Gaité Lyrique, comme une salle du château de Versailles, est magnifique !
    M  

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